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L’IQE et l’IPE

Contexte

L’UMS 2006 ‘Patrimoine Naturel’ du Muséum national d’Histoire naturelle, et plusieurs entreprises ou collectivités, se sont associés via des Conventions de collaboration, dans l’objectif de gérer durablement le patrimoine naturel.

Ces structures ont sollicité l’expertise scientifique de cette UMS afin de les accompagner dans la mise en œuvre des politiques menées en faveur de la biodiversité. Le développement d’une démarche globale d’évaluation et de suivi de la qualité écologique, cohérente au niveau de la structure, puis déclinée de façon homogène à l’échelle de chaque site, a nécessité la mise au point d’outils standardisés.

L’UMS ‘Patrimoine Naturel’ a alors développé ces indicateurs, outils disponibles pour tout gestionnaire d’espace naturel, patrimonial ou ordinaire.

 

Pour mieux appréhender la biodiversité, l’utilisation d’indicateurs de biodiversité s’est en effet généralisée, et notamment pour répondre aux besoins d’évaluation de l’état de conservation des espèces et des habitats à la suite de la convention sur la diversité biologique émanant du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Les Directives européennes comme la Directive Cadre sur l’Eau (WFD, 2000/60/EC) vont ainsi dans ce sens en s’appuyant sur des méthodologies d’indices de qualité chiffrés. Une évaluation de la qualité et de la fonctionnalité de milieux aménagés pour des activités humaines peut aussi répondre en partie aux objectifs de suivi ou de conservation ciblés par les Directives Oiseaux (79/409/CEE) et Habitats (92/43/CEE, article 17) visant à la conservation de la biodiversité en Europe.

De plus, ces indicateurs de biodiversité s’inscrivent dans un processus d’homogénéisation et de normalisation des études écologiques, dans un souci de cohérence et de reproductibilité des diagnostics écologiques.

 

L’UMS ‘Patrimoine Naturel a développé un Indicateur de Qualité Ecologique (IQE), basé sur un protocole semi-standardisé de diagnostic des enjeux naturalistes, faune et flore, en particulier dans le cadre d’un partenariat entre SITA et le MNHN, entre 2008 et 2013. Cet Indicateur, élaboré dans une optique de suivi, permet d’évaluer la biodiversité et la fonctionnalité écologique des sites dans une optique de mise en œuvre de mesures d’aménagements et de gestion écologiques, puis de leur suivi.

Une variante de cet indicateur a également été élaboréee sur la base d’un temps d’inventaires plus réduit (IPE : Indicateur de Potentialité Ecologique) avec pour objectif l ‘établissement d’un pré-diagnostic des enjeux de biodiversité du site.

 

Le terme Indicateur de Qualité Ecologique (IQE) est une marque déposée par le MNHN.

 

Définitions et Objectifs

 L’Indicateur de Qualité Ecologique (IQE) repose sur un inventaire de terrain relativement complet et permet une évaluation en profondeur de la qualité écologique d’un site dans sa globalité.

L’Indicateur de Potentialité Ecologique (IPE) repose sur les mêmes critères d’évaluation, mais sur un seul jour d’inventaire. Il brosse à grands traits un portrait succinct du site et de ses potentialités. Il est assimilable à un pré-diagnostic.

La « qualité écologique » qui est évaluée dans cette démarche, se fonde sur la définition de Charollais et al. (1998), à savoir un « ensemble d’éléments et de facteurs écologiques permettant de caractériser un organisme, un milieu, un écosystème ». C’est donc une notion avant tout descriptive, ni positive, ni négative. La qualité écologique dépend en particulier des facteurs écologiques stationnels, de la diversité biologique, de la relation avec d’autres milieux, de l’aménagement et de la gestion pratiqués sur le site. Idéalement, un site devra tendre vers l’intégrité biotique ou « capacité d’un écosystème de supporter et de maintenir une communauté d’organismes équilibrée, adaptée, et ayant une composition spécifique, une diversité et une fonctionnalité comparable à celle d’un habitat naturel de cette région ».

Les sites étudiés ici sont généralement aménagés et modifiés, au moins en partie, ou destinés à l’être. L’évaluation de la qualité écologique doit donc aussi inclure l’évaluation des opérations de restauration et de réaménagement écologique et s’inscrire dans une démarche de suivi à long terme. Le diagnostic établi permet de qualifier les caractéristiques écologiques d’un site dans son ensemble, incluant ses liens fonctionnels ave les réseaux écologiques adjacents. Il sert de support pour la mise en place d’un plan de gestion écologique à l’échelle du site, et fournira un point de comparaison lors de futurs diagnostics.

 

Description

Les trois critères évalués par l’IQE et l’IPE figurent parmi les notions les plus courantes pour appréhender trois facettes de la biodiversité, à savoir la patrimonialité, la diversité et la fonctionnalité. Complémentaires, ces trois critères sont de bonnes clefs de lecture de la complexité du vivant, pour le public, les gestionnaires comme les décideurs.

L’Indicateur de Qualité Ecologique (IQE) permet de caractériser la biodiversité, en prenant en compte lors d’inventaires de terrain différents aspects, à savoir la diversité et la patrimonialité des habitats naturels, la diversité de l’avifaune, la patrimonialité des espèces végétales et animales présentes (et en particulier des oiseaux, reptiles, amphibiens, papillons et libellules), la fonctionnalité des habitats naturels, et le degré de connectivité avec les réseaux écologiques.

Les inventaires se déroulent sur 6 journées, incluant un passage crépusculaire et nocturne, échelonnées du début du printemps à la fin de l’été.

Le protocole, standardisé et donc reproductible, permet de répéter le même inventaire à plusieurs années d’intervalle, afin de mesurer l’évolution d’un site, notamment au regard de changements de pratiques de gestion ou d’aménagement.

L’interprétation des résultats doit surtout se faire à partir d’un graphique en radar, synthétisant l’information, en gardant à l’esprit les spécificités de chacune des composantes de l’IQE.

 Plutôt que l’appréciation d’une valeur absolue, la note chiffrée sert de repère, notamment pour suivre l’évolution du site dans le temps, ou mesurer l’impact d’aménagements ou de mesures de gestion. La note est de plus à relativiser en fonction du contexte écologique, de la taille des sites, de l’âge des réaménagements, etc.

radar

Exemple de résultat pour un IQE – Diagramme synthétique en radar

Limites

L’IQE et l’IPE ne peuvent pas se substituer aux études écologiques règlementaires (études préalables, études d’évaluation d’incidences, de demandes de dérogations, études d’impact, …), qui doivent suivre un protocole adapté au contexte et aux enjeux écologiques des sites. Néanmoins, ces deux indicateurs peuvent servir de socle pour les audits écologiques, ou comme support à l’élaboration puis à la mise à jour d’un plan de gestion, ou encore dans le cadre d’un suivi écologique global.

L’indicateur de Qualité Ecologique (IQE) et l’Indicateur de Potentialité Ecologique (IPE) sont destinés à l’évaluation et au suivi des sites, en particulier aménagés ou à aménager, de France métropolitaine (Corse comprise), d’une surface allant de 10 à 100 ha.

Les inventaires de terrain doivent être réalisés par des naturalistes de bon niveau avec plusieurs années d’expérience de terrain, connaissant les habitats naturels, la faune et la flore locales, et ayant suivi une formation auprès d’un utilisateur expérimenté de l’IQE.

 

Bibliographie

 

Delzons, O., Gourdain, P., Siblet, J.P., Touroult, J., Herard K., Poncet, L. (2013) L’IQE : un indicateur de biodiversité multi-usages pour les sites aménagés ou à aménager. Rev. Ecol. (Terre Vie), vol 68. P. 105-119.